n vient ici pour se
reposer". Auteur de la citation : Vincent : 27 ans,
chef de mission Handicap International. Lieu de
villégiature : Quetta, au Pakistan. Lieu de travail :
Kandahar, en Afghanistan. Vincent, comme tous les membres
de son équipe, prend donc parfois quelques jours de
" vacances ". Comme tout le monde ? A
Quetta, une ville du sud du Pakistan, conservatrice et
tribale, poussiéreuse et fatigante, sillonnée par des
centaines de militaires pakistanais pas tellement
engageants. Pas vraiment le portrait que l'on se fait
habituellement du lieu de repos idéal. Surtout qu'il lui
aura fallu endurer six heures de 4x4 sur une piste
défoncée, parsemée de tourelles où veillent dans le
désordre mitrailleuses pakistanaises, champs de mines,
chefs de tribus et milices talibanes. Mais enfin, à Quetta, on
trouve du chocolat, peut-être de la bière si l'on a ses
réseaux, de l'eau chaude en journée, et même de
l'électricité 24 heures sur 24. Un goût de
civilisation que la ville de Kandahar, située à
quelques centaines de kilomètres de là, ne peut plus
leur offrir. La guerre est trop souvent et trop longtemps
passée par là. Dans une grande maison crème construite
au coeur de la ville, on trouve des chambres spartiates,
des bureaux, un terrain de volley et une cuisine... Le QG
d'Handicap international. A l'intérieur, virevoltent
neuf personnes : Cécile, Sophie, Philippe, Norbert,
Christian, Vincent, Christophe, Stanislas et Roland. Ils
sont pour la plupart de formation médicale, ils ont
choisi de quitter leur pays pour venir s'installer au
bout du monde. A Kandahar, capitale talibane. Il est sept
heures quarante-cinq, le soleil achève de se lever.
L'heure pour toute l'équipe d'Handicap International
(HI) de commencer le travail. Par petites équipes, ils
s'en vont au boulot. Comme tout le monde ? Sophie,
ingénieur de formation et Belge d'origine, part sous ses
voiles travailler à ART (Afghan rehabilitation team). L'ONG afghane
fabrique des prothèses pour les personnes amputées, le
plus souvent par les mines qui hantent les terrains de
toute la région (voir carnet de route suivant). Sophie
est la seule occidentale à travailler au sein de ART.
Une particularité dont elle s'accommode, parfois avec
difficulté. Les rumeurs courent très vite dans une
ville dominée par les enragés d'Allah, ceux qui
interdisent toute discussion entre hommes et femmes qui
ne sont pas de la même famille. Sophie fait son boulot.
Et elle fait aussi attention. Très attention.
Cécile, tout aussi voilée que sa collègue, Norbert
et Philippe rejoignent quant à eux l'atelier
paramédical d'HI, où ils s'occuperont toute la journée
de patients atteints de déformations diverses
(amputations, polios...). Norbert s'occupe
plus particulièrement de l'atelier : il gère la
fabrication de protèses, d'attelles de déchargement et
de fauteuils roulants. Ils sont aussi chargés de former
et d'encadrer une équipe de kinés et prothésistes
afghans, hommes et femmes. La vingtaine d'afghans formés
permet maintenant de répondre à la demande. Petit
miracle en pays taliban : trois jeunes femmes afghanes
font partie de l'équipe mise sur pied voilà une année.
Malgré les pressions des Talibans, qui ont interdit le
travail au féminin, l'équipe d'Handicap a réussi à
imposer la formation de trois femmes kinés. Une bouffée
d'air pour elles, qui n'auraient pu travailler ailleurs
que dans une structure internationale. Aujourd'hui, elles
peuvent même envisager l'avenir, qui leur semblait
pourtant bien obscur voilà seulement quelques mois.
Autre programme implanté par cette petite équipe de
neuf personnes : la prévention et la sensibilisation au
danger que représente les mines (voir carnet de route
suivant). C'est
Stanislas, qui a depuis repassé le flambeau à Roland,
qui s'occupe de cette action. appelée "Mine
awarness". Tous deux passent leur temps avec les
" Nomaindas ", des hommes afghans
formés pour la prévention dans les villages des
alentours. Grâce aux mimes, au jeu et à une solide
motivation, les six nomaindas sillonnent aujourd'hui la
région pour former des dizaines de milliers de
personnes. L'enjeu : faire comprendre aux enfants, aux
femmes et aux hommes des villages qu'ils habitent sur une
zone rendue terriblement dangereuse par les dix millions
de mines qui ont été installées dans tout le pays par
les différentes factions en présence.
Autant d'actions qui ne pourraient être efficaces
sans une solide coordination. Christian, le logisticien,
Christophe, l'administrateur et Vincent, le chef de
l'équipe, s'occupent ainsi de l'organisation des
multiples facettes du programme de Handicap International
à Kandahar. Toute la semaine, la petite équipe
travaille. Comme tout le monde ? Un seul jour de repos,
le vendredi, l'équivalent du dimanche dans les pays
musulmans. Les distractions
sont rares à Kandahar : des soirées organisées entre
expatriés le jeudi soir et où, luxe rare au pays des
plaisirs interdits, l'on peut danser et manger des
pizzas. Un terrain de volley, parfois très boueux, où
l'on improvise des matchs. Une petite bibliothèque où
les livres repassent de main en main. Toute l'équipe
restera environ une année à Kandahar. Largement assez
de temps pour épuiser toutes les distractions possibles
dans cette région du monde encore traumatisée par une
guerre toute proche. Largement assez de temps pour nouer
des amitiés solides avec les femmes et les hommes
afghans formés par leurs soins. Largement assez de temps
pour leur repasser le flambeau, et quitter la région en
sachant qu'après eux, c'est toute une équipe afghane
qui volera enfin de ses propres ailes. Grâce à eux,
petite équipe de neuf personnes. Jeune, motivée,
soudée.
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