Justement, au bout de la route, à Kandahar, on
goûte à la paix. Une drôle de paix, instaurée par des
enragés de l'Islam. Les
Talibans, qui contrôlent aujourd'hui plus ou moins les
deux-tiers du pays. Les « moines soldats »,
comme on les appelle en Europe, sont arrivés en
conquérants dans la plus grosse ville du sud du pays en
novembre 1995. Ancienne capitale royale, dont la mosquée
referme, dit-on, le manteau du prophète Mahomet,
Kandahar a été immédiatement proclamée capitale des
Talibans. Elle est devenue le berceau du mouvement.
Pacifiée par la faction islamiste, elle est aussi
aujourd'hui l'une des villes les plus sûres du pays.
Issus des campagnes les plus profondes du sud du pays,
« une armée de ploucs » comme certains
journalistes s'amusent à les définir, les Talibans
jouent aujourd'hui aux apprentis sorciers de la
politique. A Kandahar, ils ont installés leurs
« ministères », drôles de bâtiments
poussiéreux, meublés à la hâte et encombrés de
lance-flammes rouillés, de kalashnikovs négligées, de
poules et de reliefs de repas, où des barbus
enturbannés, devenus « ministres » du jour
au lendemain, concoctent avec le plus grand sérieux les
décrets talibans qu'ils veulent fermement imposer au
reste du pays. Du fondamentalisme à l'état le plus
brut, du jamais vu : interdiction du travail des femmes,
fermeture des écoles pour filles, obligation du port de
la barbe et du turban pour les hommes, femmes dûment
encagées dans des voiles intégraux qui ne laissent
qu'une grille au niveau des yeux, obligation de prier
cinq fois par jour, interdiction de la photographie, de
la musique, des jeux de hasard, des jeux d'échecs, de la
danse, de la poésie... |