Journaliste français
à Hong Kong

Philippe Ries, 48 ans, est au bureau de l'AFP à Hong Kong depuis janvier 1997. Il est en charge de la couverture de la rétrocession à la Chine. Philippe nous parle de sa carrière et de ses fonctions actuelles, alors que la date butoir du 1er juillet approche à grands pas.

Philippe Ries, journaliste chargé de
la couverture de la rétrocession au bureau de l'AFP à Hong Kong

- Comment êtes-vous devenu journaliste ?
- Pas vraiment par vocation. J'ai fait Sciences Po à Paris, puis une Prépena, dans les années 68. Je me destinais à une carrière universitaire, mais je n'ai pas eu la patience nécessaire. Je suis donc entré comme pigiste à l'Agence centrale de presse, au service économique. Entre temps, je suis devenu titulaire. En 1982, l'AFP m'a débauché.

- Votre parcours à l'AFP avant d'arriver à Hong Kong ?
- J'ai fait trois ans de desk étranger, puis économique. Je suis devenu responsable de la vacation du matin sur ce dernier desk. En 1985, j'ai été nommé numéro deux du bureau de Tokyo au Japon. J'y suis resté quatre années et demi. L'actualité nipponne était d'ailleurs passionnante à cette époque. Le goût de l'Asie m'en est resté. Je suis ensuite rentré au siège à Paris, pour neuf mois au desk étranger. En octobre 1990, j'ai pris la direction des services économiques de l'AFP. Au bout de six ans, j'ai souhaité revenir à l'écriture et à l'Asie. J'ai demandé à partir à Hong Kong, où un poste francophone avait été spécialement créé pour couvrir la transition. Je suis donc ici pour en couvrir tous les aspects. Eventuellement, à la demande, il m'arrive d'être envoyé sur une affaire d'intérêt régional. Je suis par exemple parti suivre la visite de Jacques Chirac en Chine.

- Des journalistes anglophones suivent déjà pour l'AFP la rétrocession. Pourquoi avoir créé un poste francophone plutôt que de traduire leur copie ?
- Il y a effectivement quatre journalistes anglophones de l'AFP qui suivent déjà la rétrocession. C'est la grosse histoire de l'année 1997. Pour le moment, l'intérêt de la France est relativement faible. Mais cela peut s'intensifier. C'est de toute façon notre travail que de suivre cette affaire. Pourquoi ne pas seulement traduire la copie anglophone ? D'une part, le desk étranger a déjà beaucoup de boulot. D'autre part, la copie française est différente, faite pour un public qui n'est pas familier avec cette histoire.

- Comment se fait la collecte de l'information ?
- C'est assez paradoxal. Les gens sont extrêmement accessibles mais finalement assez peu disponibles. Ils sont très occupés et voyagent beaucoup. L'information officielle (britannique, ndlr) fonctionne extrêmement bien. Il existe ainsi un fil, qui nous donnent tous les communiqués officiels. Les services de presse sont bien organisés, les boîtes de communication privées nous abreuvent également d'informations. Il y a cependant deux problèmes. D'une part, Hong Kong est en situation de double pouvoir depuis décembre 1996. Ceux qui arrivent (les prochinois, ndlr) sont des novices en politique. Ils ne donnent pas beaucoup d'interviews et refusent d'organiser des conférences de presse. Deuxième problème majeur : certains interlocuteurs sont off-limit. Je pense notamment aux tycoons (les magnats, ndlr) qui ne parlent pratiquement jamais. Il y a enfin les Chinois. Le club de la presse des correspondants étrangers n'a même jamais réussi à obtenir une entrevue directe ! C'est très frustrant. L'une des dimensions intéressantes de la rétrocession est la manière dont la Chine voit ce retour. Malheureusement, à côté de la propagande habituelle, c'est à dire l'enjeu patriotique du retour de Hong Kong à la mère patrie, les informations en ce domaine sont très difficiles à obtenir.

- Attendez-vous avec impatience le 30 juin, date officielle de la rétrocession ?
- Oui et non. J'espère qu'il y aura des éléments de surprise, que ce ne sera pas uniquement des festivités bien huilées. Je pense qu'autre chose s'exprimera.

- La situation va t-elle changer pour les correspondants étrangers après le retour à la Chine ?
- Nous aurons des interlocuteurs chinois pour la défense et les affaires étrangères. Comment s'exprimeront-ils ? On ne le sait pas. Au niveau du statut, il y a eu un léger durcissement. Maintenant, ils appliquent la loi, c'est à dire qu'il est nécessaire d'obtenir son visa de travail avant d'arriver. Il n'est plus possible de se régulariser après. Le plus gros problème se situe en fait au niveau de la presse locale. Elle a déjà commencé à s'autocensurer. Pour nous, cela signifie que nos sources vont s'appauvrir. Mais il y a aussi une conséquence intéressante : la presse étrangère pourrait alors jouer un rôle plus important. Par exemple, si les démocrates étaient mis à l'écart de la presse locale, ils auraient alors besoin de nous pour se faire entendre...

- Votre meilleur souvenir à Hong Kong ?
- Ca a été la mort de Deng. Ici, cela a permis de voir combien Hong Kong faisait partie de la Chine. La réaction émotionnelle a été très forte.

- Le pire souvenir ?
- L'absence de contacts avec les Chinois est vraiment très frustrante.

- Comment envisagez-vous la suite de votre parcours ?
- En principe, je suis là jusqu'à la fin de l'année. Ensuite, j'espère rester dans la région.


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