- Comment êtes-vous devenu journaliste ?
- Pas vraiment par vocation. J'ai fait Sciences Po à
Paris, puis une Prépena, dans les années 68. Je me
destinais à une carrière universitaire, mais je n'ai
pas eu la patience nécessaire. Je suis donc entré comme
pigiste à l'Agence centrale de presse, au service
économique. Entre temps, je suis devenu titulaire. En
1982, l'AFP m'a débauché. - Votre parcours
à l'AFP avant d'arriver à Hong Kong ?
- J'ai fait trois ans de desk étranger, puis
économique. Je suis devenu responsable de la vacation du
matin sur ce dernier desk. En 1985, j'ai été nommé
numéro deux du bureau de Tokyo au Japon. J'y suis resté
quatre années et demi. L'actualité nipponne était
d'ailleurs passionnante à cette époque. Le goût de
l'Asie m'en est resté. Je suis ensuite rentré au siège
à Paris, pour neuf mois au desk étranger. En octobre
1990, j'ai pris la direction des services économiques de
l'AFP. Au bout de six ans, j'ai souhaité revenir à
l'écriture et à l'Asie. J'ai demandé à partir à Hong
Kong, où un poste francophone avait été spécialement
créé pour couvrir la transition. Je suis donc ici pour
en couvrir tous les aspects. Eventuellement, à la
demande, il m'arrive d'être envoyé sur une affaire
d'intérêt régional. Je suis par exemple parti suivre
la visite de Jacques Chirac en Chine.
- Des journalistes anglophones suivent déjà
pour l'AFP la rétrocession. Pourquoi avoir créé un
poste francophone plutôt que de traduire leur copie ?
- Il y a effectivement quatre journalistes anglophones de
l'AFP qui suivent déjà la rétrocession. C'est la
grosse histoire de l'année 1997. Pour le moment,
l'intérêt de la France est relativement faible. Mais
cela peut s'intensifier. C'est de toute façon notre
travail que de suivre cette affaire. Pourquoi ne pas
seulement traduire la copie anglophone ? D'une part, le
desk étranger a déjà beaucoup de boulot. D'autre part,
la copie française est différente, faite pour un public
qui n'est pas familier avec cette histoire.
- Comment se fait la collecte de l'information
?
- C'est assez paradoxal. Les gens sont extrêmement
accessibles mais finalement assez peu disponibles. Ils
sont très occupés et voyagent beaucoup. L'information
officielle (britannique, ndlr) fonctionne extrêmement
bien. Il existe ainsi un fil, qui nous donnent tous les
communiqués officiels. Les services de presse sont bien
organisés, les boîtes de communication privées nous
abreuvent également d'informations. Il y a cependant
deux problèmes. D'une part, Hong Kong est en situation de
double pouvoir depuis décembre 1996. Ceux qui arrivent
(les prochinois, ndlr) sont des novices en politique. Ils
ne donnent pas beaucoup d'interviews et refusent
d'organiser des conférences de presse. Deuxième
problème majeur : certains interlocuteurs sont
off-limit. Je pense notamment aux tycoons (les magnats,
ndlr) qui ne parlent pratiquement jamais. Il y a enfin
les Chinois. Le club de la presse des correspondants
étrangers n'a même jamais réussi à obtenir une
entrevue directe ! C'est très frustrant. L'une des
dimensions intéressantes de la rétrocession est la
manière dont la Chine voit ce retour. Malheureusement,
à côté de la propagande habituelle, c'est à dire
l'enjeu patriotique du retour de Hong Kong à la mère
patrie, les informations en ce domaine sont très
difficiles à obtenir.
- Attendez-vous avec impatience le 30 juin,
date officielle de la rétrocession ?
- Oui et non. J'espère qu'il y aura des éléments de
surprise, que ce ne sera pas uniquement des festivités
bien huilées. Je pense qu'autre chose s'exprimera.
- La situation va t-elle changer pour les
correspondants étrangers après le retour à la Chine ?
- Nous aurons des interlocuteurs chinois pour la défense
et les affaires étrangères. Comment s'exprimeront-ils ?
On ne le sait pas. Au niveau du statut, il y a eu un
léger durcissement. Maintenant, ils appliquent la loi,
c'est à dire qu'il est nécessaire d'obtenir son visa de
travail avant d'arriver. Il n'est plus possible de se
régulariser après. Le plus gros problème se situe en
fait au niveau de la presse locale. Elle a déjà
commencé à s'autocensurer. Pour nous, cela signifie que
nos sources vont s'appauvrir. Mais il y a aussi une
conséquence intéressante : la presse étrangère
pourrait alors jouer un rôle plus important. Par
exemple, si les démocrates étaient mis à l'écart de
la presse locale, ils auraient alors besoin de nous pour
se faire entendre...
- Votre meilleur souvenir à Hong Kong ?
- Ca a été la mort de Deng. Ici, cela a permis de voir
combien Hong Kong faisait partie de la Chine. La
réaction émotionnelle a été très forte.
- Le pire souvenir ?
- L'absence de contacts avec les Chinois est vraiment
très frustrante.
- Comment envisagez-vous la suite de votre
parcours ?
- En principe, je suis là jusqu'à la fin de l'année.
Ensuite, j'espère rester dans la région.
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