Journalistes français
en Inde

Philippe Sauvagnargues, 47 ans, est le directeur du bureau de l'AFP à New Delhi depuis trois ans et demi. Il travaille dans la capitale indienne avec un journaliste britannique et quatre journalistes locaux. Deux journalistes locaux sont également basés à Bombay. Au total, un gros bureau régional qui couvre tout le pays, mais également le Sri-Lanka, le Népal et le Bangladesh. Vaste programme !
Philippe Sauvagnargues,
directeur du bureau de l'AFP à New Delhi

- Comment êtes-vous devenu journaliste ?
- Je n'ai pas fait d'école de journalisme, mais après mon agrégation d'anglais, je suis parti au Vietnam en 1974 comme coopérant journaliste. J'y étais pendant la chute de Saïgon. En rentrant, je voulais intégrer l'AFP. Fils de diplomate, j'ai passé la majeure partie de mon enfance à l'étranger, et je voulais continuer à voyager. L'AFP me convenait donc tout à fait. Ca m'a pris plusieurs années, mais de stages en stages, j'y suis finalement entré.

- Votre parcours à l'AFP avant d'arriver à New Delhi ?
- Juste après mon entrée à l'agence, je suis parti trois ans et demi au bureau de Stockholm. Je suis rentré une année à Paris. Je suis ensuite parti six ans à Washington. J'ai d'abord été au desk, puis j'ai couvert le Département d'Etat. En rentrant à Paris, j'ai intégré le service diplo où je suis resté cinq ans. Je suis enfin parti comme directeur de bureau à New Delhi, voilà trois ans et demi.

- Comment se déroule la collecte d'informations ?
- Ce n'est pas spécialement compliqué ici. La difficulté réside plus dans la taille de la zone à couvrir. Outre l'Inde, nous devons aussi couvrir le Népal, le Bangladesh et le Sri-Lanka. Il se passe toujours quelquechose dans l'un de ces pays, d'autant plus que nous dépendons essentiellement de la direction régionale de Hong Kong. Nous travaillons donc surtout à destination de l'Asie. Ces derniers mois ont été particulièrement chargés (Il sort des piles de dépêches des étagères surchargées). En ce moment, on a une charge de travail maximum : il y a eu la Coupe du monde de cricket, les élections, les affaires de corruption, le Cachemire, l'élection de Miss Monde... Et puis Mère Theresa qui est toujours à l'hôpital à Calcutta. J'ai envoyé un journaliste pendant deux semaines mais je ne peux pas le laisser éternellement. Nous sommes six journalistes ici, dont quatre indiens et deux expatriés avec deux vacations par jour, sept jour sur sept... C'est l'inconvénient du métier d'agencier : on se couche chaque soir en espérant que rien ne nous tombera dessus pendant la nuit !

- Justement, le mois dernier, deux avions se sont télescopés au-dessus de New Delhi. Pouvez-vous nous raconter comment vous avez couvert cette catastrophe ?
- Un journaliste était de veille ce soir-là quand l'agence de presse indienne a annoncé l'accident. Il m'a immédiatement téléphoné. On s'est tous précipités au bureau. On ne savait rien. On a appelé tous azimuts pour savoir ce qui s'était exactement passé. J'ai tout de suite envoyé un photographe et un journaliste sur place. Ils ne savaient pas exactement où l'accident avait eu lieu, mais ils ont finalement trouvé et ont pu rapporter les photos. Sur ce coup, on a eu de la chance... Et dix minutes d'avance sur l'agence Reuter !

- Est-ce que vous pouvez travailler librement ici ?
- La presse est respectée et libre. Ils sont cependant très sensibles sur la couverture du Cachemire et ont tendance à considérer que la presse internationale a un a priori défavorable sur l'Inde. Ce qui est tout à fait faux.

- L'Inde est réputée pour ses problèmes techniques. Ca se passe comment ?
- Les coupures de courantes sont fréquentes, mais on a récemment fait installer un gros générateur. En été on crève de chaud. Pendant la mousson, le matériel est noyé dès qu'il pleut. Le téléphone marche plus ou moins bien. C'est surtout gênant pour les connections avec le Cachemire, où nos avons deux bons « stringers » (ndlr : des journalistes qui pigent pour l'AFP).

- Votre meilleur souvenir ?
- Un reportage à Jaffna, au Sri-Lanka, sur les Tigres tamouls. J'ai notamment dû passer une nuit dans le détroit de Palk sur le bateau du Comité international de la Croix-Rouge pour rejoindre les rebelles.

- Votre plus mauvais souvenir ?
- On a perdu un photographe au Cachemire. Il a été tué par une bombe qui ne lui était pas destinée.

- Vos projets pour la suite ?
- Je devrais quitter ce poste l'été prochain. Je sais seulement que je rentre à Paris, mais je ne sais pas encore dans quel service.

- Et enfin, une question particulièrement nulle. Pouvez-vous nous résumer l'Inde en deux phrases ou en trois adjectifs ?
- (il rigole). Passionnant, irritant... Au bout de quatre ans, je ne connaîtrai toujours pas grand chose de l'Inde. Je repars avec une certaine frustration. J'aurais aimé en voir davantage.


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