Philippe Sauvagnargues,
directeur du bureau de l'AFP à New Delhi -
Comment êtes-vous devenu journaliste ?
- Je n'ai pas fait d'école de journalisme, mais après
mon agrégation d'anglais, je suis parti au Vietnam en
1974 comme coopérant journaliste. J'y étais pendant la
chute de Saïgon. En rentrant, je voulais intégrer
l'AFP. Fils de diplomate, j'ai passé la majeure partie
de mon enfance à l'étranger, et je voulais continuer à
voyager. L'AFP me convenait donc tout à fait. Ca m'a
pris plusieurs années, mais de stages en stages, j'y
suis finalement entré.
- Votre parcours à l'AFP avant d'arriver à
New Delhi ?
- Juste après mon entrée à l'agence, je suis parti
trois ans et demi au bureau de Stockholm. Je suis rentré
une année à Paris. Je suis ensuite parti six ans à
Washington. J'ai d'abord été au desk, puis j'ai couvert
le Département d'Etat. En rentrant à Paris, j'ai
intégré le service diplo où je suis resté cinq ans.
Je suis enfin parti comme directeur de bureau à New
Delhi, voilà trois ans et demi.
- Comment se déroule la collecte
d'informations ?
- Ce n'est pas spécialement compliqué ici. La
difficulté réside plus dans la taille de la
zone à couvrir. Outre l'Inde, nous devons aussi
couvrir le Népal, le Bangladesh et le Sri-Lanka.
Il se passe toujours quelquechose dans l'un de
ces pays, d'autant plus que nous dépendons
essentiellement de la direction régionale de
Hong Kong. Nous travaillons donc surtout à
destination de l'Asie. Ces derniers mois ont
été particulièrement chargés (Il sort des
piles de dépêches des étagères surchargées).
En ce moment, on a une charge de travail
maximum : il y a eu la Coupe du monde de cricket,
les élections, les affaires de corruption, le
Cachemire, l'élection de Miss Monde... Et puis
Mère Theresa qui est toujours à l'hôpital à
Calcutta. J'ai envoyé un journaliste pendant
deux semaines mais je ne peux pas le laisser
éternellement. Nous sommes six journalistes ici,
dont quatre indiens et deux expatriés avec deux
vacations par jour, sept jour sur sept... C'est
l'inconvénient du métier d'agencier : on se
couche chaque soir en espérant que rien ne nous
tombera dessus pendant la nuit ! |
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- Justement, le mois dernier, deux avions se
sont télescopés au-dessus de New Delhi. Pouvez-vous
nous raconter comment vous avez couvert cette catastrophe
?
- Un journaliste était de veille ce soir-là quand
l'agence de presse indienne a annoncé l'accident. Il m'a
immédiatement téléphoné. On s'est tous précipités
au bureau. On ne savait rien. On a appelé tous azimuts
pour savoir ce qui s'était exactement passé. J'ai tout
de suite envoyé un photographe et un journaliste sur
place. Ils ne savaient pas exactement où l'accident
avait eu lieu, mais ils ont finalement trouvé et ont pu
rapporter les photos. Sur ce coup, on a eu de la
chance... Et dix minutes d'avance sur l'agence Reuter !
- Est-ce que vous pouvez travailler librement
ici ?
- La presse est respectée et libre. Ils sont cependant
très sensibles sur la couverture du Cachemire et ont
tendance à considérer que la presse internationale a un
a priori défavorable sur l'Inde. Ce qui est tout à fait
faux.
- L'Inde est réputée pour ses problèmes
techniques. Ca se passe comment ? 
- Les coupures de courantes sont fréquentes, mais on a
récemment fait installer un gros générateur. En été
on crève de chaud. Pendant la mousson, le matériel est
noyé dès qu'il pleut. Le téléphone marche plus ou
moins bien. C'est surtout gênant pour les connections
avec le Cachemire, où nos avons deux bons
« stringers » (ndlr : des journalistes qui
pigent pour l'AFP).
- Votre meilleur souvenir ?
- Un reportage à Jaffna, au Sri-Lanka, sur les Tigres
tamouls. J'ai notamment dû passer une nuit dans le
détroit de Palk sur le bateau du Comité international
de la Croix-Rouge pour rejoindre les rebelles.
- Votre plus mauvais souvenir ?
- On a perdu un photographe au Cachemire. Il a été tué
par une bombe qui ne lui était pas destinée.
- Vos projets pour la suite ?
- Je devrais quitter ce poste l'été prochain. Je sais
seulement que je rentre à Paris, mais je ne sais pas
encore dans quel service.
- Et enfin, une question particulièrement
nulle. Pouvez-vous nous résumer l'Inde en deux phrases
ou en trois adjectifs ?
- (il rigole). Passionnant, irritant... Au bout de
quatre ans, je ne connaîtrai toujours pas grand chose de
l'Inde. Je repars avec une certaine frustration. J'aurais
aimé en voir davantage.
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