Journaliste français
en Iran

Christophe de Roquefeuil, 37 ans, est le directeur du bureau de l'AFP à Téhéran depuis juin dernier. Il est le seul journaliste français basé en Iran, mais aussi le seul représentant d'une agence mondiale dans ce pays (Reuter et AP ne sont plus représentés). Il travaille avec deux journalistes iraniens.

Christophe de Roquefeuil,
directeur du bureau de l'AFP à Téhéran

- Vos débuts dans le journalisme ? Comment êtes-vous devenu journaliste ?
- J'ai fait l'Institut d'études politiques de Paris, avant d'entrer au Centre de formation des journalistes (CFJ). En 1984, j'ai choisi la spécialisation « agence » à l'école, ce qui m'a conduit à effectuer mon stage de fin d'études à l'AFP.

- Votre parcours à l'AFP avant d'arriver à Téhéran ?
- J'ai commencé par un stage de trois mois au desk Economie. Je suis ensuite immédiatement parti en province. J'ai passé trois années au bureau de Lyon, où j'ai été titularisé. J'en enchaîné sur un poste à Bruxelles, avant de revenir à Paris en 1988. Après six mois au desk Economie, je suis entré au service des Informations sociales. Trois ans plus tard, en 1991, je suis passé au service diplomatique, où je traitais notamment les questions européennes. En juin 1996, je suis parti pour le bureau de Téhéran.

- Comment se fait la collecte d'informations ici ?
- Par rapport à la France et aux autres pays occidentaux, la collecte d'informations est extraordinairement difficile et le recoupement l'est encore plus. L'Iran a le culte du secret, et l'a pratiquement élevé en mode de gouvernement. A partir de là, les choses ne sont pas désespérées. On a accès à trois sources d'informations : les sources officielles, celles des milieux étrangers de Téhéran et enfin les sources directes. Le régime a un peu évolué et il y a désormais plus de possibilités d'investigation. Mais nous sommes très prudents : l'exactitude et l'impartialité, qui sont deux critères de base de l'agencier, sont encore plus indispensables dans un pays comme l'Iran.

- Parlez-vous le Persan ?
- Non et cela constitue un double obstacle. Cela me prive d'un accès direct à la presse, aux journaux télévisés et à certains interlocuteurs. D'autre part, les Persans sont extrêmement sensibles aux efforts qu'un étranger peut faire pour comprendre leur culture, leurs traditions et leur langue. Je vais donc apprendre le Persan. Pour la qualité des contacts avec les Iraniens, c'est un effort indispensable.

- Vous êtes le seul journaliste français basé en Iran. C'est un poste très particulier, non ?
- C'est certain. Ici, les relations avec les Iraniens sont de plus très segmentées. Les représentants des banques étrangères sont en contact avec les banques iraniennes, les diplomates avec les diplomates, les entreprises avec les entreprises... L'Iran est donc un pays où il est bon d'échanger des informations, car chacun a accès à des sources différentes. L'AFP a pour sa part un certain nombre d'interlocuteurs privilégiés : nous avons de bonnes relations avec IRNA (l'agence de presse officielle iranienne), nous sommes parfois invités dans les voyages de presse, nous avons accès à certaines conférences de presse. Il est enfin important d'avoir dans son staff des journalistes iraniens qui ont les clés d'accès aux lieux de pouvoir iraniens, des lieux qui restent opaques pour les Occidentaux. Nos deux journalistes sont remarquables, une chance pour le bureau.

- Votre plus mauvais souvenir ?
- Avoir appris que les autorités iraniennes ne voulaient accorder qu'un visa d'un mois à ma famille. (Les choses se sont arrangées.)

- Votre meilleur souvenir ?
- La première fois que j'ai emmené mes enfants dans Téhéran. Guilhem, six ans, est tombé sur les deux immenses portraits de l'ayatollah Khomeini et de l'ayatollah Khameini. Il m'a demandé : 'Qui sont ces deux messieurs. Des jumeaux ?'.

- Vos projets pour la suite ?
- J'ai gardé un excellent souvenir de tous les postes que j'ai occupé. J'envisage donc la suite de ma carrière de manière très ouverte : la province, Paris ou l'étranger...

(Nous tenons à remercier Christophe de Roquefeuil et tout le bureau de l'AFP à Téhéran, pour leur aide, leurs conseils et leur accueil chaleureux durant notre séjour en Iran).


Page d'accueil Carnets de routeL'école en AsiePortraits de journalistesTéléchargez le journalDernières nouvellesGarder le contact