- Comment êtes-vous devenu
photographe ?
- J'ai envie de dire naturellement ! J'ai
commencé à faire des photos à partir de l'âge
de sept ans. J'ai fait toutes mes classes chez un
artisan photographe. J'étais apprenti, je suis
parti du bas et j'ai tout appris sur le tas, sans
diplômes. Je suis ensuite entré à
l'Aérospatiale, à Bordeaux. Je faisais de la
photo et de la vidéo. Pendant mes congés, je
partais à l'étranger faire du reportage. Je
suis allé en Afrique, en Asie, ailleurs...
Après huit ans, j'ai pris une année sabbatique
pour partir. Je ne suis jamais revenu à
l'Aérospatiale. J'ai continué à me balader.
Définitivement. - Pour qui
travaillez-vous ?
- Au début, je travaillais en direct avec
différentes publications. Je me heurtais trop
aux rédactions. J'ai finalement choisi une
agence qui me plaisait, Ana. J'y suis toujours.
Chaque fois que je pars en reportage, je donne
mes photos à Ana, qui les vend et m'épargne
ainsi la vente en direct. J'ai aussi publié des
bouquins de photos. Je fais ce que je ressens.
Cela plaît ou ne plaît pas.
- Quels types de reportages faites
vous ?
- Ce qui me plaît. Je suis allé en Ethiopie, en
Guinée, à Madagascar, en Inde, en Chine, aux
Philippines, en Corée du nord, en Colombie, en
Bolivie, en Pologne, en Albanie... Un peu
partout... Je fais parfois de l'actu, comme la
première entrée en convoi à Sarajevo ou la
mort du président lao. J'ai aussi travaillé sur
les enfants des rues à Bogota, les rebelles en
Birmanie... Je fais de tout.
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- Ces dernières années, vous avez
choisi le Laos. Pourquoi ?
- Je suis basé au Laos, mais je circule dans
toute l'Asie du sud-est. Je rentre en France, à
Bordeaux, quelques mois par an. Pourquoi le Laos
? J'y suis arrivé en 1989. Je suis resté pour
la qualité de la vie, la douceur de vivre, la
tranquillité et la gentillesse des gens. Surtout
la qualité de vie... J'ai fait un livre :
« Le Laos, voyage dans un état
d'esprit » aux éditions Anako. Et puis
j'ai commencé à faire des cartes postales. -
Avec quel matériel travaillez-vous ?
- J'utilise du vieux matériel Canon et de la
diapo. Tout ce qu'il y a de plus simple.
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- Y a t-il des difficultés
particulières au pays ?
- Je n'ai jamais eu de difficultés. D'autres en
ont eu. Quand je suis arrivé dans le pays pour
travailler, j'ai expliqué aux autorités que je
n'étais pas là pour les descendre. Tout
déplacement dans le pays était soumis à
autorisation. Ils m'ont pourtant donné un
chauffeur et m'ont laissé aller partout. Quand
le livre a été publié, certaines photos ne
leur ont pas plu. Ils me l'ont dit et ça n'a pas
été plus loin. - Vous parlez le Lao
?
- Je suis réfractaire aux langues. Je communique
avec le coeur. Ca suffit.
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- Votre meilleur souvenir ?
- Les îles Andaman (ndlr : îles indiennes
situées au beau milieu de l'Océan indien).
Je me suis pris pour Christophe Colomb. Dans ces
îles vivent les derniers primitifs de la
planète, les Negritos. Ils refusent tout contact
avec l'extérieur. On ne peut essayer de les
joindre par voie de terre, sous peine de recevoir
des flèches. Il faut y aller par bateau. S'ils
veulent bien vous voir, ils viendront à la nage.
Ce qui s'est réalisé au bout de trois voyages.
Ils sont venus vers nous à la nage et sont
montés sur le bateau. Ils ont touché et
regardé nos corps, pour voir si l'on était fait
pareils. Ca n'a duré que quelques minutes mais
c'est mon plus beau souvenir. - Votre
plus mauvais souvenir ?
- Il n'y en a pas. Tout ce que je fais, je le
fais par plaisir.
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- Vos projets pour la suite ?
- Continuer. De tout façon, je ne sais rien
faire d'autre. |
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