Terminus Hong-Kong - Singapour - Singapourama
Singapour

Singapour, le 15 février 1997


Singaporama

L'ordre et la propreté ? L'hyper organisation ? La folie du shopping ? Que retenir de Singapour ? A trop se balader dans les artères commerçantes, on en oublierait presque la vie des banlieues impeccables où se concentrent la vie de la majorité des Singapouriens. Derrière la vitrine technologique d'une cité qui semble avoir été conçue par ordinateur, on découvre aussi une population colorée et joyeuse.

 

La petite colonie pauvre devenue l'un des états les plus riches d'Asie. Figé à jamais dans l'albâtre de sa statue, Sir Stamford Raffles a une vue imprenable sur une forêt de gratte-ciel, tous plus orgueilleux et opulents les uns que les autres... En 1819, l'Anglais avait pourtant mis le pied sur une petite île sauvage et tropicale, règne des pythons et des mygales. Singapour, la " cité du Lion " ne semblait alors vraiment pas mériter son surnom. Se développant avec peine dans les décennies qui ont suivies, le petit port de pêche de la mer de Chine n'était qu'une ville pauvre, grouillante et urbanisée dans la hâte et la tôle ondulée des bidonvilles. Une petite ville perdue sur un îlot du bout du cul de l'Asie. Le 9 août 1965, à l'heure de l'indépendance, qui aurait pu parier sur la spectaculaire croissance de ce nouvel Etat, coincé sur ses 616 km2 ? Le nouveau gouvernement inventa cependant un nouveau modèle de développement, fondé sur l'appel illimité aux capitaux étrangers, aux multinationales et aux exportations. Le PNB se mit à croître de 10% par an, Singapour s'imposa comme l'un des centres financiers d'Asie. Et bientôt, la petite cité se hissa au rang de la deuxième nation la plus riche d'Asie, juste derrière le Japon. En 1995, le PNB par habitant a atteint les 125.000 FF par an, dépassant même celui de la France. Grâce à une ambitieuse politique gouvernementale, 88% des habitants sont propriétaires de leurs logements, un record mondial. Singapour n'en finit plus d'aligner les records. Du jamais vu aussi, la stabilité politique du parti dominant, le People's Action Party (PAP) au pouvoir depuis l'indépendance. Les Singapouriens l'ont payé au prix fort : pas de syndicats, pas de droit de grève, pas d'allocation chômage, pas de presse libre, pas d'accès aux télévisions étrangères et la sévère mise au pas de tous les opposants au régime. La " cité du Lion " porte désormais si bien son nom qu'elle sait même parfois adopter des comportements de prédateur.

 

Une cité multiculturelle. Lorsque Sir Stamford Raffles installa la colonie britannique à Singapour, les Chinois des provinces du sud affluèrent, attirés par la perspective de développement. Aujourd'hui, Singapour garde encore les traces de cette forte émigration. La ville-Etat, forte de trois millions d'habitants, est composée de 75% de Chinois, 15% de Malais et 7% d'Indiens. Singapour se targue volontiers de cette diversité ethnique. Mais le petit Etat, convaincu d'être menacé par ses plus grands voisins (la Malaisie, l'Indonésie, la Thaïlande...), semble surtout obsédé par une éventuelle brèche dans le sacro-saint principe de l'unité nationale. Dès l'école primaire, les enfants sont bombardés de cours de " bons citoyens ". Un rapport affolé du ministère de l'Education expliquait, en septembre dernier, que la majorité des élèves ne connaissaient que très mal l'histoire de leur nation... Les professeurs furent immédiatement priés d'y remédier. Afin de conserver l'équilibre ethnique, le gouvernement veille soigneusement au respect des quotas dans les différents quartiers. Et rappelle sans cesse à ses citoyens les vertus du confucianisme, l'un des éléments-clés du modèle à la singapourienne : le fils obéit au père, l'élève au maître, le gouverné au gouvernant...

 

La fête des vacances. Le multiculturalisme à la singapourienne enchante les écoliers. Quand en France, on n'a qu'un seul Noël, à Singapour, les fêtes se multiplient. Et les vacances, pourtant rares dans la cité-Etat, se doublent aussi. Aucune communauté ne sera désavantagée par rapport à l'autre : aux Chinois leur nouvelle année, aux Indiens musulmans et aux Malais leur fin de Ramadan (Hari Raya). Cette année, les deux grandes fêtes -les plus importantes de l'année- sont tombées en même temps. Little India s'est parée de mille décorations, des myriades de lampions ont poussé dans les rues de Chinatown. Inutile cependant d'attendre de grandes festivités publiques, tout se passe à la maison. Les Chinois échangent les oranges, symbole de la prospérité. Le soir de Nouvel An, quelques uns tirent des feux d'artifices, d'autres multiplient les offrandes à la mémoire de leurs ancêtres, d'autres encore font brûler les bâtonnets d'encens. Les danses du dragon, rythmées par les tambours, résonnent dans les échoppes de rue. Les vaches, symbole de l'année, fleurissent partout. Les Indiens et les Malais se réunissent de leur côté pour de grands repas qui célèbrent la fin des quarante jours de jeûne. Des prières collectives sont organisées à travers toute la ville. Dans le métro ultramoderne, on croise les membres de chaque communauté, revêtus de leurs costumes traditionnels.
Chinatown, le faux et les vrais. On l'imaginait mystérieuse, grouillante et sombre. On attendait les tatoueurs de rue, les pharmacopées hallucinantes, les calligraphies magiques... On se surprend à se balader sans jamais frissonner dans un décor de mini-Disneyland ethnique. Repeinte à neuf, joliment décorée, proprette et aseptisée, Chinatown en a perdu toute atmosphère romanesque. On y cherche en vain ce qui a bien pu exalter Hemingway. Ne manque plus que le dragon payé par l'office du tourisme pour se faire photographier avec les six millions de touristes qui visitent chaque année la cité-Etat. Pour retrouver l'atmosphère d'un vrai quartier chinois, il faudra aller se perdre beaucoup plus loin, dans les banlieues HLM de Singapour. Au bas des blocs de béton, on trouve enfin les petits restaurants de rue aux mets indescriptibles, les magasins aux mille saveurs inconnues, les pharmacies surprenantes, les têtes de poisson frites au curry, les cadavres de chauves-souris pilés, les racines de gingembre censées favoriser la virilité; les pancartes en mandarin sans traduction anglaise, les vieux joueurs de majong... Enfin au coeur, tout au coeur de Singapour.

 

" Shoppiiing !  " Le cri de ralliement des milliers d'adolescents singapouriens ? " Shoppiiiing ! ". La recette d'un samedi après-midi réussi ? " Shoppiiiing ! ". Le secret de la prospérité des commerçants chinois ? " Shoppiiing !  ". Bien loin d'une nécessité, plus qu'un simple passe-temps, le shopping fait désormais office d'art de vivre à Singapour. Il faut voir ces centaines de centres commerciaux arpentés fiévreusement par des centaines de milliers de consommateurs à toute heure du jour... Il faut voir ces adolescents, habillés par les grands couturiers, se balader en riant, l'éternel petit sac en plastique à la main. Qu'ont-il trouvé cette fois ? La montre à la dernière mode, le tee-shirt griffé par un créateur français, les chaussures à talons compensés qui viennent juste d'arriver de Londres ? Orchard Road, l'artère centrale de la ville, n'est qu'une succession de centres commerciaux, tous plus luxueux les uns que les autres. Cinq ou six étages à chaque fois, de véritables petites villes dans la ville : tous ont leurs restaurants, leurs food-centers, leurs bureaux d'information (essentiels pour ne pas s'y perdre), leurs climatisations, leurs coiffeurs, leurs toilettes, leurs épiceries... De quoi faire rêver un Le Corbusier, grand fana des cités totales.

 


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