Quinze
mille réfugiés en quelques semaines. Les
camions militaires thaïlandais s'arrêtent net. Les
uniformes kakis se déploient sur le terrain. Dans le
grésillement des talkies-walkies, les voix paniquées
des gardes-frontières viennent d'annoncer l'arrivée
d'un millier de nouveaux réfugiés sur le sol
thaïlandais. Un millier de Karens issus de petits
hameaux d'agriculteurs éparpillés dans la jungle du
sud-est de la Birmanie. Mais qui peut habiter impunément
le sol de l'une des plus dures dictatures du monde ?
Certainement pas les Karens, l'ethnie qui refuse depuis
toujours de s'inféoder à la junte de Rangoon. Les
généraux ont dernièrement lancé une violente
offensive sur les territoires rebelles. En quelques
semaines, quinze mille Karens terrorisés ont déferlé
sur la Thaïlande. Du jamais vu. |
Cinq
milliards de dollars. Derrière ces histoires de
vies brisées se cache une énorme histoire d'argent. En
Birmanie, l'heure est à l'ouverture économique. Projets
de gazoduc, de barrages, d'usines... Le montant des
investissements étrangers a atteint 5 milliards de
dollars francs depuis 1988. Les firmes multinationales
sont attirées par les importantes ressources naturelles
birmanes. Plus que jamais, le
Conseil d'Etat pour la restauration de la loi et de
l'ordre (SLORC) doit achever de convaincre ses
partenaires potentiels en exerçant un contrôle absolu
sur les zones concernées par les investissements. Le
temps était donc venu de lancer une offensive massive
sur le territoire rebelle karen, une zone riche en
promesses. Un important gazoduc doit notamment y passer.
La mise de fonds, d'un montant d'un milliard de dollars,
a notamment été apportée par la firme française
Total, devenue dans la foulée l'un des plus gros
investisseurs étrangers en Birmanie. D'autres
investissements sont prévus dans la région, constituant
autant de raisons de mettre au pas l'Etat rebelle. |