Patrick de Noirmont,
photographe de Reuters pour l'Asie du sud-est
- Comment êtes-vous devenu journaliste ?
- Pour résumer : baccalauréat 68 et fac de lettres à
Nanterre... Pour payer mes études, je faisais de la pub.
J'étais tellement mauvais en dessin qu'on m'a dit de
prendre des photos... Et en 1972, j'ai intégré UPI
(United Press International, américain, l'une des
grosses agences mondiales à l'époque). 
- Votre parcours depuis ?
- Au départ, j'étais sur Paris, puis UPI m'a envoyé à
Bruxelles, qui était le siège pour l'Europe, l'Afrique
et le Moyen-Orient. J'y ai eu les plus beaux reportages
de ma carrière. La guerre du Yom Kippour, en Israël, a
ainsi été mon premier grand reportage à l'étranger.
Après Bruxelles, j'ai été envoyé à New York, puis je
suis rentré en Europe en 1974. Je suis resté avec UPI
jusqu'en 1979, quand ils ont commencé à avoir des
ennuis d'argent. Je suis rentré à l'AFP à ce moment,
comme " picture editor ". Je faisais
donc beaucoup moins de photos. En parallèle, j'ai fait
des photos de mode et j'ai travaillé pour le New York
Times, le Los Angeles Times et divers journaux japonais.
UPI me réengageait, me virait. Je m'entendais vraiment
bien avec eux. l'AFP marchait bien, mais c'était
nettement moins marrant.
- Aujourd'hui, vous êtes à Reuters...
- En fait, en 1985, j'ai posé ma démission à l'AFP.
UPI venait de me téléphoner en m'expliquant qu'ils
avaient été rachetés par Reuters et relançaient
l'aventure. Je suis donc entré à Reuters, comme
rédacteur en chef adjoint à Paris. De 1985 à 1991,
j'ai recommencé à faire beaucoup de photos.
L'Afghanistan, la guerre du Golfe, l'Intifada en
Israël... Après la guerre du Golfe, ils m'ont proposé
Paris, Hong Kong ou Johannesburg. J'ai choisi l'Afrique
du sud et j'y suis resté jusqu'en 1996. J'y ai beaucoup
travaillé, je m'y suis beaucoup amusé. Je suis aussi
parti en reportage en Somalie, au Rwanda, au Burundi, au
Zaïre... En 1996, Reuters m'a proposé Bangkok, où un
nouveau poste de photographe en charge de l'Asie du
sud-est venait d'être créé.
- Vous aviez un intérêt particulier pour la
zone ?
- C'était un de mes rêves, pour des raisons
personnelles. Mon meilleur ami, le photographe Michel
Laurent, a été tué le jour de l'arrivée des
communistes à Saigon. Mon père est mort en Indochine.
J'avais déjà posé ma candidature pour Hanoï lorsque
j'étais en Afrique du sud. Ils m'ont répondu que
j'étais trop vieux... En fait, je crois que j'étais
trop cher !!
- Qu'est-ce que vous faites exactement à
Bangkok ?
- En fait, je ne suis jamais à Bangkok. Je suis
responsable de l'Asie du sud-est. Je coordonne le travail
des autres photographes de la zone et je fais surtout du
reportage. Je suis parti à Kaboul deux mois. J'ai
couvert les grands sommets à Singapour ou à Manille. Je suis aussi parti
en Birmanie pour Aung San Suu Kiy, la conférence du
SLORC, et pour du features (du magazine) sur la vie des
moines, les pagodes etc... En ce moment, je suis en
stand-by pour partir à Port Moresby, en
Papouasie-Nouvelle Guinée. Je couvrirai en mai les
élections en Indonésie et en juin la passation de
pouvoir à Hong Kong...Je crois que je n'ai jamais passé
plus de dix jours d'affilé à Bangkok depuis mon
arrivée, en septembre !!
- Vous êtes en concurrence avec de très
nombreux photographes...
- Dès que tu sors des grandes capitales comme Paris ou
New York, la concurrence, ce n'est plus la même chose.
Quand tu travailles sur des histoires difficiles, la
concurrence existe. Mais ce sont aussi tes copains qui
sont en face. Dans les townships de Johannesburg, tu ne
laissais pas derrière les copains qui tombaient en panne
de voiture...
- Votre meilleur souvenir ?
- La libération de Bagdad. Nous avons été expulsés
deux jours après les bombardements. Les militaires
irakiens nous ont arrêté sur la route du retour. En 24
heures, j'ai été détenu, jugé, condamné à mort et
relâché. Je ne savais pas ce qui était arrivé à mes
photos. Mais elles étaient bien arrivées à Paris. On a
fait les unes de plus de deux cents quotidiens. J'étais
le seul dans le centre de la ville au moment des
bombardements.
- Votre pire souvenir ?
- L'annonce de la mort de mon meilleur ami le 7 avril
1975.
- Et pour la suite ?
- Que ça continue... Que le voyage continue.
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