Journaliste français
en Thaïlande

Patrick de Noirmont a 48 ans. Sa carrière l'a mené des bombes américaines à Bagdad pendant la guerre du Golfe aux townships de Johannesburg, en passant par la Somalie, l'Afghanistan ou les territoires occupés d'Israël. Aujourd'hui photographe en charge de l'Asie du sud-est pour Reuters, il est basé à Bangkok mais passe le plus clair de son temps en reportage dans les pays voisins. Nous l'avons interviewé lors d'une de ses courtes escales.

Patrick de Noirmont,
photographe de Reuters pour l'Asie du sud-est

- Comment êtes-vous devenu journaliste ?
- Pour résumer : baccalauréat 68 et fac de lettres à Nanterre... Pour payer mes études, je faisais de la pub. J'étais tellement mauvais en dessin qu'on m'a dit de prendre des photos... Et en 1972, j'ai intégré UPI (United Press International, américain, l'une des grosses agences mondiales à l'époque).

- Votre parcours depuis ?
- Au départ, j'étais sur Paris, puis UPI m'a envoyé à Bruxelles, qui était le siège pour l'Europe, l'Afrique et le Moyen-Orient. J'y ai eu les plus beaux reportages de ma carrière. La guerre du Yom Kippour, en Israël, a ainsi été mon premier grand reportage à l'étranger. Après Bruxelles, j'ai été envoyé à New York, puis je suis rentré en Europe en 1974. Je suis resté avec UPI jusqu'en 1979, quand ils ont commencé à avoir des ennuis d'argent. Je suis rentré à l'AFP à ce moment, comme " picture editor ". Je faisais donc beaucoup moins de photos. En parallèle, j'ai fait des photos de mode et j'ai travaillé pour le New York Times, le Los Angeles Times et divers journaux japonais. UPI me réengageait, me virait. Je m'entendais vraiment bien avec eux. l'AFP marchait bien, mais c'était nettement moins marrant.

- Aujourd'hui, vous êtes à Reuters...
- En fait, en 1985, j'ai posé ma démission à l'AFP. UPI venait de me téléphoner en m'expliquant qu'ils avaient été rachetés par Reuters et relançaient l'aventure. Je suis donc entré à Reuters, comme rédacteur en chef adjoint à Paris. De 1985 à 1991, j'ai recommencé à faire beaucoup de photos. L'Afghanistan, la guerre du Golfe, l'Intifada en Israël... Après la guerre du Golfe, ils m'ont proposé Paris, Hong Kong ou Johannesburg. J'ai choisi l'Afrique du sud et j'y suis resté jusqu'en 1996. J'y ai beaucoup travaillé, je m'y suis beaucoup amusé. Je suis aussi parti en reportage en Somalie, au Rwanda, au Burundi, au Zaïre... En 1996, Reuters m'a proposé Bangkok, où un nouveau poste de photographe en charge de l'Asie du sud-est venait d'être créé.

- Vous aviez un intérêt particulier pour la zone ?
- C'était un de mes rêves, pour des raisons personnelles. Mon meilleur ami, le photographe Michel Laurent, a été tué le jour de l'arrivée des communistes à Saigon. Mon père est mort en Indochine. J'avais déjà posé ma candidature pour Hanoï lorsque j'étais en Afrique du sud. Ils m'ont répondu que j'étais trop vieux... En fait, je crois que j'étais trop cher !!

- Qu'est-ce que vous faites exactement à Bangkok ?
- En fait, je ne suis jamais à Bangkok. Je suis responsable de l'Asie du sud-est. Je coordonne le travail des autres photographes de la zone et je fais surtout du reportage. Je suis parti à Kaboul deux mois. J'ai couvert les grands sommets à Singapour ou à Manille. Je suis aussi parti en Birmanie pour Aung San Suu Kiy, la conférence du SLORC, et pour du features (du magazine) sur la vie des moines, les pagodes etc... En ce moment, je suis en stand-by pour partir à Port Moresby, en Papouasie-Nouvelle Guinée. Je couvrirai en mai les élections en Indonésie et en juin la passation de pouvoir à Hong Kong...Je crois que je n'ai jamais passé plus de dix jours d'affilé à Bangkok depuis mon arrivée, en septembre !!

- Vous êtes en concurrence avec de très nombreux photographes...
- Dès que tu sors des grandes capitales comme Paris ou New York, la concurrence, ce n'est plus la même chose. Quand tu travailles sur des histoires difficiles, la concurrence existe. Mais ce sont aussi tes copains qui sont en face. Dans les townships de Johannesburg, tu ne laissais pas derrière les copains qui tombaient en panne de voiture...

- Votre meilleur souvenir ?
- La libération de Bagdad. Nous avons été expulsés deux jours après les bombardements. Les militaires irakiens nous ont arrêté sur la route du retour. En 24 heures, j'ai été détenu, jugé, condamné à mort et relâché. Je ne savais pas ce qui était arrivé à mes photos. Mais elles étaient bien arrivées à Paris. On a fait les unes de plus de deux cents quotidiens. J'étais le seul dans le centre de la ville au moment des bombardements.

- Votre pire souvenir ?
- L'annonce de la mort de mon meilleur ami le 7 avril 1975.

- Et pour la suite ?
- Que ça continue... Que le voyage continue.


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