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Journalistes français en Turquie |
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Basée à Istanbul, Nicole Pope est
correspondante du journal Le Monde depuis huit ans. |
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Nicole Pope,
Correspondante du Monde
- Quel fut votre parcours avant d'arriver à ce poste
?
- Je suis devenue journaliste par hasard. D'origine suisse, je
travaillais au Comité international de la Croix-Rouge au Liban,
lorsque j'ai rencontré mon mari, un journaliste anglais. J'ai
alors commencé à faire mes premières piges, pour des journaux
suisses et pour quelques radios. Nous sommes ensuite partis en
Iran pendant un an. Je n'ai pas pu y travailler, car l'agence
Reuter, qui employait mon mari, n'a pas voulu doubler les sources
de problèmes. J'ai repris par hasard à Istanbul. Le
correspondant du Monde, malade, m'a repassé le flambeau, voilà
huit ans.
- Travaillez-vous à plein temps pour Le Monde ?
-Les journaux ne payent plus assez leurs correspondants et l'on
est donc obligé de trouver d'autres sources de revenus. Le Monde
constitue ma pige principale, avec un fixe. Je travaille à
côté pour des radios francophones et anglophones.
- Pourquoi êtes-vous basée à Istanbul et non à
Ankara, la capitale de la Turquie ?
- Le choix d'Ankara se justifie si vous travaillez en agence et
que vous devez réagir très très vite. Le temps de réaction
d'un quotidien est plus long. Ankara est une ville aseptisée, le
centre administratif du pays. A Istanbul, on trouve beaucoup plus
de gens différents.
- Comment collectez-vous vos informations ?
-Au départ, il y a les télévisions, les journaux et les radios
locales. Mon mari travaille pour CBS aux Etats-Unis, et ils sont
toujours les premiers à nous informer en cas de grosse affaire.
Je suis également connectée à Internet, ce qui me permet de
vérifier les dépêches des agences cinq fois par jour. C'est un
problème, car je dois souvent rester dans mon bureau, à la
maison, au détriment de reportages sur le terrain.
- Quelles sont les différences avec le travail en
France ?
- Je n'ai jamais travaillé comme journaliste en France...
Certains journalistes connaissent ici des problèmes, mais je
n'en ai personnellement pas eu. Il y a bien quelques
difficultés, notamment celle de garder certaines limites dans
les papiers. On ne sait jamais lorsque l'on franchit la limite de
l'acceptable ou non. Si l'on ne se contente pas d'exposer les
points négatifs de la Turquie, les autorités vous considèrent
comme acceptable...
- Parlez-vous la langue du pays ?
- J'ai dû apprendre le turc. Les journaux riches paient des
assistants turcs à leurs journalistes. Ce n'était pas mon cas.
- Quelles sont vos relations avec Le Monde ?
-Je dépends de la section "Europe". Je travaille à la
fois sur propositions et sur commandes.
- Souffrez-vous d'être isolée, loin de votre
rédaction d'attache ?
- Bien sûr, nous sommes isolés, d'une certaine façon. Le
principal inconvénient est d'être tellement pris par son sujet
qu'on n'a plus les mêmes jugements au niveau de l'importance des
informations. C'est pour cela qu'il est important de garder le
contact avec la rédaction.
- Vos projets pour la suite ?
- Aujourd'hui, nous vivons bien. Nous avons constitué un réseau
d'informateurs, nous pouvons réagir très vite. L'inconvénient
: il nous est devenu difficile de partir. Il nous faudrait
trouver un pays intéressant, qui ne soit pas surchargé par les
médias. Et pour retrouver un réseau, cela nous prendrait des
mois, voire des années...
- Votre plus mauvais souvenir ?
- Un oeil au beurre noir, ramené du sud-est de la Turquie ! Un
soldat s'est énervé et m'a frappé. Il faut dire que la
situation était très tendue dans la région...
- Votre meilleur souvenir ?
- J'en ai beaucoup ! Connaître le turc me permet d'aborder les
gens d'une autre façon, plus directe, et donc plus
intéressante.