Vietnam

Hanoï, le 18 mai 1997


Le Vietnam (pas) pratique (du tout)

En excellente forme physique après quinze jours passés au Vietnam, les deux reporters n'oseraient cependant pas parier sur l'état de leur santé mentale. L'immersion au Vietnam, c'est un apprentissage grandeur nature de la survie psychologique en milieu hostile. Surtout, apprendre à contrôler son échelle de stress. Histoire de rester de marbre quand les douaniers ou autres casquettés font ostensiblement de l'abus de pouvoir et s'en prennent à votre ordinateur ou à votre ceinture secrète. Les deux Français en voyage, égaux à eux mêmes, n'en reviennent toujours pas.

Argent. Possibilité de changer de l'argent dans les banques annonçant la couleur « exchange » ou « visa ». Au 1er mai 1997, le taux de change officiel était de 11.600 dongs pour un dollar. Ensuite, on peut facilement changer ses traveller's libellés en francs ou en dollars et changer ses espèces. La bonne idée : prévoir de petites coupures de dollars. C'est ici la devise reine, acceptée dans tous les hôtels et restaurants. D'ailleurs, au royaume du dollar, les banques refusent de vous laisser retirer moins de 100 dollars (ou son équivalent en dongs) par carte bleue. Pour bien faire, il y a aussi une commission de 4%. Au niveau du budget, il y en a pour tous les goûts : de 50 francs à plus de 1000 francs par jour, selon le niveau de confort désiré, les moyens de transports utilisés et les restaurants fréquentés. Le Vietnam est cependant plus cher que d'autres pays asiatiques en matière d'hébergement. Il est vraiment difficile de trouver à moins de 5 dollars par personne. La bonne nouvelle, c'est que les chambres sont souvent très propres.
Baguette. Croûte dure à Hué, la bonne vieille baguette a en revanche presque le goût de chez nous à Hanoï. De la colonisation française, les boulangers vietnamiens ont conservé la recette des baguettes croustillantes. Pour mille dongs (environ cinquante centimes), le petit déjeuner est à vous. En plus, on peut partout trouver de la Vache qui rit. 12500 dongs la boîte de huit à Hanoï. Un peu plus cher en province. Pour la confiote, c'est autrement plus dur. Mais on ne va pas faire les difficiles.
Boucan. Dans la série désagréments, il faut ajouter les nuisances sonores. Les Vietnamiens aiment la musique quand elle est très forte, la télé quand le son est au maximum et les conversations quand elles sont animées. Coup de chance : les programmes télés stoppent à 23 heures. Cela laisse six bonnes heures de sommeil avant le réveil des troupes au son de la pop vietnamienne, aux alentours de cinq (réveil normal) ou six (réveil réglé grasse matinée) heures du matin. Deux solutions : trouver un hôtel vraiment calme ou emporter une provision de Boules Quies. Sinon, on peut aussi sortir en hurlant de la chambre et râler (Guylaine peut donner des cours de perfectionnement). Généralement, cela fait beaucoup rire le personnel de l'hôtel. Ca leur fera de quoi commenter plein volume encore une heure ou deux.
Bus. Y-a t-il un pilote dans le bus ? En arrivant au Vietnam, nous avions cru avoir tout vu en matière de transports routiers. Sans arrière-pensée, nous sommes donc montés dans le premier bus local qui passait à notre portée. Erreur qui nous a valu trois heures de poussée d'adrénaline dans des paysages à couper le souffle. Ravins, routes à flanc de crête, pneus et freins crissants sous les accélérations brutales au bord des gouffres (Dans ces carnets de route ,nous considérons qu'un ravin de plus de cent mètres de profondeur constitue un gouffre). Le bus était tellement bondé que nous étions assis sur les trois poutres de bois (genre une tonne) que le chauffeur transportait pour se faire un peu plus d'argent. Vraiment un mauvais souvenir. Essayer de se cantonner aux bus « spécial touristes ». Pas vraiment onéreux, ils sont même fréquentés par les Vietnamiens qui veulent échapper aux bus locaux. Une dernière information : deux jeunes Français sont morts le mois dernier au nord du Vietnam quand leur bus à plongé dans un ravin.
Colis. La poste vietnamienne est fiable. Tellement fiable qu'un service de censure ouvre tous les colis pour en inspecter le contenu. A Hué, nous avons frôlé la crise de nerfs quand la préposée nous a proprement déchiré notre emballage pour inspecter le contenu. Montre en main, cela a pris 20 minutes pour des documents français concernant le Laos. La petite dame ne lisait pas le français. Elle « inspectait ». Vingt minutes plus tard, elle nous annonce qu'elle ne peut pas prendre de décision sans consulter son supérieur. Léger énervement. Nous insistons sur le fait que le colis contient certes de la propagande, mais elle est communiste et elle concerne le Laos. La petite dame nous fiche le coup de tampon en maugréant et nous passe du scotch pour réparer les dégâts. On est bien élevés alors on l'a remerciée.
Danger. Attention aux accidents de vélo ou de mobylette. Au Vietnam, très peu de voitures ou de camions. Toutefois, les accrochages entre deux-roues sont fréquents. Matthieu s'est pris une moto de plein fouet sur un rond-point. Le vélo a terminé en sale état. Quand nous étions à Hué, six étudiants de Lille ont fini au poste après avoir renversé une passante et refusé de la dédommager en dollars. Après hospitalisation, il s'est avéré que la dame n'avait absolument rien mais la famille a fait pression pour que les étudiants paient des dommages et intérêts. Il a fallu toute la bonne volonté du Conseil régional Nord Pas-de-Calais pour les sortir de là. Prudence donc, surtout quand les policiers sont dans les parages. Et ils sont partout.
Douaniers. Si vous passez par Lao Bao, attention aux douaniers. Les Laotiens sont d'une gentillesse extrême et ne font guère de difficultés si votre visa spécifie bien que vous sortez à cet endroit. Même précaution de visa pour l'entrée au Vietnam (sous peine d'une amende de 200 dollars). Mais côté vietnamien, il faut être particulièrement gentils avec les douaniers. Les avons-nous regardé de travers ? Ils nous avaient en tous cas dans le collimateur. Fouille intégrale du sac de madame. Et atteinte à la vie de notre précieux ordinateur. Limite autiste, le douanier s'est amusé à frapper dessus. Nous nous sommes un peu énervés. Il paraît que ce n'est pas à faire mais ça a marché. Le douanier a abandonné ses proies sans même fouiller le sac de monsieur puis nous a tendu nos déclarations de douane dûment tamponnées et signées. Bienvenue au Vietnam.
Electricité. 220V. Tout pareil que chez nous.
Fromage. Voir Vache qui rit.
Guides. Les guides sur le Vietnam ont logiquement du mal à suivre le boom des hôtels et des restaurants. Ici plus qu'ailleurs, les bonnes adresses des guides se sont révélées très chères et en dessous des espérances. Par contre, grâce au bouche à oreille, nous avons trouvé d'excellentes adresses. Un bon plan hébergement à Hanoï : la guesthouse du 10, avenue Tran Hung Dao. La vieille dame parle un excellent français et ses prix défient toute concurrence à Hanoï : 10 ou 12 dollars la chambre selon le modèle choisi (tél : 00.84.4.826.85.15). Le service est excellent aussi. Le quartier est assez calme et plutôt central. On peut louer des vélos pour 8.000 dongs (4 FF) par jour.
Hanoï. Pour les plans logement, voir ci-dessus. La capitale est très chère (toute chose étant relative par ailleurs) par rapport au reste du pays. On se nourrit d'une façon correcte pour l'équivalent du prix d'un fast-food en France. Pour les vraiment fauchés, il reste les sandwichs à la Vache qui rit (compter alors 1 FF le repas). Pour les autres, une pléthore d'adresses vietnamiennes, françaises, américaines ou italiennes. Il y a même une crêperie et des magasins de glaces américaines. Bon appétit.
Hué. Nombreuses petites adresses pour dormir. Compter à partir de cinq dollars par personne, et c'est un minimum. En revanche, les petits cafés sympas ne manquent pas. A éviter absolument : l'excursion à la plage proche de Hué. Des hordes (nous insistons : des hordes) de vendeurs bouchent la vue depuis la serviette de plage. On est revenus les nerfs en boule. Ils sont sympas, mais vraiment, vraiment, vraiment très collants. Enfin, à Hué, coup de coeur pour le « 11, rue Le Loi » : c'est une famille vraiment gentille qui tient ce petit restaurant. Le seul inconvénient : les repas mettent trois plombes pour arriver sur la table. Mais les deux petites filles de la maison se font un plaisir de jouer avec les clients. Elles sont adorables.
Internet. On peut envoyer des e-mails depuis Hanoï via le réseau local vietnamien. Préparer les dollars, c'est deux par page... On peut aussi payer la bagatelle de 150 dollars pour 600 kilo-octets, soit le total des carnets de route. A ce prix là, on ne donne pas l'adresse. A noter : les e-mails partent deux fois par jour, après filtrage de la censure vietnamienne. Quant au Web, la seule manière de se connecter est de passer par Bangkok ou Hong Kong. A trois dollars la minute, ça décourage. Dernière solution : attendre à l'aéroport les passagers des vols Air France en partance pour Paris et leur passer disquettes ou lettres urgentes.
Téléphone. Cher, très cher. Compter 4,1 dollars la minute pour appeler la France et un minimum de trois dollars pour les pays de la région (Hong Kong, Laos, Thaïlande...) Cela dit, ça marche. A ce prix là, ça peut.
Train. Quand on a goûté aux joies du bus vietnamien, on devient forcément des forcenés du train. On ne s'étendra pas sur les tarifs prohibitifs spécial touristes, ni sur les draps sales même en première classe, ni sur les tablettes jonchées de reliefs de repas datant des précédents voyages, ni enfin sur les énormes blattes qui vous montent le long des jambes en pleine nuit. On préférera insister sur le côté sécurité du train, surtout si vous n'avez pas la malchance, comme nous, d'assister à un début d'incendie dans la voiture voisine en pleine nuit, en rase campagne (les essieux qui chauffent, ça arrive...). Le Vietnam est un pays absolument magnifique. Autant s'en mettre plein les yeux, en les levant le plus haut possible. Loin, très loin de ces basses réalités matérielles.
Vache qui rit. Voir Fromage.

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