INTERNET SUR LE CHEMIN
DE L'ECOLE
Révolues, les années rétroprojecteurs... Aujourd'hui, c'est Internet, le réseau de communication le plus vaste du monde, qui fait sa troisième rentrée scolaire. Dans les écoles primaires, les collèges et les lycées, le couple ordinateur/modem concurrence progressivement le tableau noir. Pour le plaisir des élèves, et des enseignants...
On s'habituait tout juste au Minitel, et voilà qu'Internet se met en quatre pour plaire au public français, plutôt farouche en matière de technologie... Mais de là à franchir les portes de l'école... Si, au Québec ou en Finlande, la majorité des établissements scolaires disposent déjà d'une ou plusieurs connexions, la France est loin d'atteindre de telles proportions. Ceci malgré le projet pilote lancé il y a deux ans par le Ministère de l'Education Nationale visant à mettre en réseau des établissements scolaires dans huit académies. Ces mesures encore timides s'expliquent peut-être par le triste souvenir du "plan informatique pour tous" lancé au début des années 80. Les ordinateurs livrés gracieusement dans les écoles ont vite été rangés dans les placards où ils croupissent sans doute encore. Il faut dire que les modèles n'étaient pas des plus récents et la plupart des profs n'avait pas la moindre idée de l'usage qu'ils pouvaient en faire. Ainsi en 1994 l'équipement informatique des établissements de l'Hexagone était encore anecdotique, avec une moyenne de 3 ordinateurs pour 100 élèves.
Aujourd'hui, il est difficile de dresser un bilan chiffré des établissements connectés. Pour l'année scolaire qui vient de s'écouler, le Ministère de l'Education Nationale s'était fixé un objectif de 500 écoles, collèges et lycées mais les initiatives individuelles sont nombreuses. Beaucoup de chefs d'établissements ou de professeurs ont ouvert des connexions qui ne sont pas recensées.
Aux huit académies pilotes retenues dans le projet initiale, Bordeaux, Créteil, Dijon, Grenoble, Nice, Paris, Strasbourg, et Versailles,
cinq autres sont venues se joindre : celles d'Amiens, de Lille, de Lyon, de Nancy-Metz et de Toulouse. Toutes ces
académies disposent d'une grande latitude d'action dans leur
expérience. Le plus souvent, les rectorats désignent des
missions chargées de conseiller les établissements scolaires
qui souhaitent être connectés, d'offrir une formation aux
enseignants, d'organiser les différents projets et d'en suivre
les bénéfices pédagogiques. Certaines écoles mènent leur
entreprise pédagogique de manière autonome, à l'initiative
d'un ou plusieurs professeurs motivés, d'autres participent à
un projet commun. Mais dans l'un ou l'autre des cas,
l'attribution des fonds dépend des conseils régionaux. Ainsi,
dans l'académie de Créteil, les établissements doivent assumer
les dépenses pour l'achat d'ordinateurs et de modems ainsi que
le coût des communications locales. Seuls les frais d'appels régionaux,
nationaux ou internationaux sont pris en charge par les
ministères et les régions. Internet est donc un outil
pédagogique onéreux que la plupart des académies ont choisi
d'offrir en priorité aux enseignants aux dépends des
professeurs des écoles. Résultat, en juin dernier, environ 320
lycées et 120 collèges ont été "officiellement"
connectés contre une soixantaine de classes primaires. Ce
déséquilibre repose aussi sur le fait que celles-ci dépendent
de l'Inspection académique et non pas du rectorat. Saluons au
passage l'académie de Grenoble qui a fait exception à la règle
en lançant le Réseau
Buissonnier dédié au 6-10 ans. En deux ans, 40 classes de
primaire du Vercors ont été équipées de Macintosh relié au
réseau des réseau, nombre qui devrait avoisiner les 120 avant
la fin de l'année. Et comme l'apprentissage du maniement de la
souris est un jeu d'enfant, des formation d'une ou deux semaines
sont aussi proposées aux classes de maternelle. Pour les
instituteurs souvent uniques de ces villages de montagne distants
parfois de quelques dizaines de kilomètres et isolés par la
neige les mois d'hiver, le réseau représente une véritable
ouverture car ils peuvent maintenant communiquer entre eux à
moindre coût, s'échanger des documents, des exercices pratiques
ou tout simplement discuter de leurs éventuels problèmes.
De leur côté, les 15 circonscriptions françaises non encore concernées par ce projet pilote ne restent pas pour autant sur le bord du chemin. Professeurs et chefs d'établissement ont d'ailleurs parfois mis de leur poche pour s'initier à l'Internet et monter leur propre projet. Dans la Creuse par exemple, 8 lycées, 18 collèges et 12 écoles ont obtenu un accès au réseau. A l'instar des académies de Nice et de Strasbourg, les circonscriptions de Rouen et de Nantes testent des dispositifs d'enseignement d'options en lycées, grâce à des cours réguliers suivis à distance dans une salle multimédia aménagée dans ce but. Les élèves des villes reculées peuvent ainsi suivre des leçons de japonais ou d'hébreu devant un ordinateur doté d'un système de visioconférence qui les relie en temps réel au lycée qui propose cet enseignement ou au CNED. Les circonscriptions de Poitiers et de Caen ont également dû faire cavalier seul pour préparer leur entrée dans l'aventure d'Internet. L'académie poitevine inaugure ainsi un serveur baptisé Doc-Net et au pays des rillettes, 11 collèges ont allumé chacun sept ordinateurs connectés en réseau local par une ligne Numéris (lire le reportage des reporters de THK).
Côté technique, la plupart des établissements lancés dans l'aventure des autoroutes de l'information sont connectés à l'Internet via Renater, le Réseau National de Télécommunication pour la Technologie et la Recherche, mis en service en juin 92. Utilisé dans un premier temps par les universités, il sert aujourd'hui de noeud d'accès pour l'implantation du réseau des réseaux dans le milieu scolaire jusque dans les régions rurales les plus reculées, ceci grâce à son implantation sur l'ensemble de l'Hexagone. Ce super serveur fonctionnant en outre à 33 megabits (de 5 à 10 fois plus rapide que les fournisseurs d'accès français), le risque d'engorgement des bandes passantes est quasiment nul pour les années à venir.
A la veille de la rentrée 96/97, le bilan de l'expérimentation est encourageant mais il reste beaucoup à faire pour que l'égalité de l'accès à l'information soit respectée dans toutes les écoles françaises. Il reste aujourd'hui 15 académies à intégrer au projet de mise en réseau des établissements scolaires français, ce qui pose des problèmes de coût, surtout pour les zones rurales ou reculées. Il semblerait donc que pour qu'Internet devienne un outil pédagogique généralisé, un réseau adapté doive être mis en place et que tous les établissements bénéficient du tarif local, ce qui implique un effort de la part de France Télécom.
L'Internet dans les écoles d'accord, mais pour quoi faire ? Le projet gouvernemental de mise en réseau des établissements est de favoriser le partage des ressources, des compétences et le travail coopératif car les mutations en cours dans la société avec le développement des réseaux de communication et la place prépondérante que prend l'information dans l'activité humaine amènent à repenser la relation au savoir et à la connaissance. Sur le terrain force est de constater que cette gigantesque plate-forme de transmission de l'information est encore mal maîtrisée par les professeurs et a-fortiori par les élèves. Pendant l'année scolaire passée, chacun a cherché à se familiariser avec l'outil et c'est le courrier électronique qui a remporté le plus grand succès. Il permet en effet un échange facile et rapide avec d'autres classes du monde entier.
Deuxième utilisation, la recherche d'informations qui vaut
pour toutes les disciplines mais qui coûte cher et, usage plus
rare, la création de pages Web. Pour Jean-Pierre Archambault,
responsable de l'expérimentation Internet dans l'académie de Créteil jusqu'au mois d'août
1996, le réseau des réseaux représente un outil à trois
facettes. Ce nouveau moyen de communication international fait
partie d'une culture des nouvelles technologies que l'enseignant
doit maîtriser pour être capable de l'utiliser à la fois comme
un outil pédagogique et un outil de travail. Cette culture de la
communication doit être transmise aux élèves dans les cours de
langues comme dans les salles de sciences. Mais il faut
néanmoins que les jeunes aient reçu une formation minimum pour
maîtriser l'ordinateur ce qui est déjà au programme du cours
de technologie dans les collèges. Trois heures d'informatique
ont également été ajoutées, depuis cette rentrée, à
l'emploi du temps des classes de seconde.
Pour l'enseignant, cet outil s'inscrit dans une dialectique
continuité/rupture. Continuité dans la mesure où le Minitel
est déjà beaucoup exploité dans l'enseignement, rupture si
l'on considère les possibilités inédites offertes par
l'Internet et la nature multimédia de l'information que ce
réseau véhicule (texte, vidéo, son, image). Grâce à la
numérisation des données, les professeurs peuvent imprimer d'un
clic de souris, des documents reproduits en autant d'exemplaires
qu'ils le souhaitent sans avoir besoin de le saisir au
préalable. Outre un gain de temps estimable, Internet offre des
possibilités fantastiques pour la création de documents
personnalisés. Pour ne citer que quelques exemples, un
professeur de français ou de langue peut télécharger les pages
d'un quotidien régional et utiliser ce support attractif pour
expliquer une règle de grammaire ou de vocabulaire. Connectés
sur la banque de données du CNDP, ces mêmes enseignants peuvent
choisir des schémas, des cartes ou tout autre document
susceptible d'illustrer un cours. Les CIO et autres centres de
documentation portent aussi des CD-Roms et des documents en ligne
qui peuvent être consultés par l'ensemble des intéressés.
Dans les établissements classés en Zone d'Education Prioritaire (ZEP), l'utilisation des nouvelles technologies est aussi très stimulante comme en témoigne Albert Hervet, directeur du collège de Keranroux en Bretagne « Le multimédia est un élément de motivation pour accéder à la culture. Les élèves vont être baignés là-dedans dans quelques années et c'est notre rôle d'éducateur de les y préparer. Dans un premier temps, j'ai installé un micro doté d'un lecteur de CD-Rom dans le centre de documentation du collège et en une semaine, la fréquentation du lieu a été multipliée par deux. On peut commencer par utiliser Internet pour des choses simples: la correspondance scolaire, la préparation d'un voyage à l'étranger en puisant des informations sur le Net, un travail de lecture avec d'autres écoles. Sur un même texte, les élèves s'échangent des questions ce qui est très motivant. Dans la section d'enseignement général professionnel, les élèves ont créé leur propre journal qu'ils ont baptisé "T'as bien 5 minutes". Leur application à mener ce projet est impressionnante alors que dans la plupart des disciplines, il est plutôt difficile de retenir leur attention. »
Internet offre enfin la possibilité de maintenir un contact constant avec des élèves éloignés pour des raisons de santé.
[Deux exemples] [Ressources pédagogiques] [Les écoles branchées] [L'école de demain]